Projet de novembre

Journal de projet d'écriture d'un roman en 30 jours.

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Location: Montréal, Québec

Auteur, rédacteur, globetrotter

Monday, November 01, 2004

Prologue

Projet de novembre
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PROLOGUE – 29 octobre 2002

– 1 –

Rome, Italie

Par la fenêtre de la petite voiture bleue, Michel observait la foule qui déambulait aux abords de la Piazza San Pietro. Son chauffeur manœuvrait la minuscule Smart dans les rues en zigzag longeant le Fiume Tevere. Michel serait toujours fasciné par l’importance du nombre de touristes qui venaient encore à Rome. Pourtant, l’ancienne ville impériale avait connu des jours plus glorieux. Même le pouvoir du Vatican semblait se désagréger lentement depuis quelques décennies.
Le chauffeur contourna trois autobus et emprunta la Via Di Conciliazione en direction d’un portail privé de la Cité du Vatican. Michel était songeur. Il avait tant de souvenirs en ces lieux et pourtant, il n’y avait pas mis les pieds depuis près de cinq ans maintenant. Tant de souvenirs, oui. Il sourit au souvenir de son impatience, lors de ses premiers rendez-vous au Vatican et lors de ses touts premiers contrats pour le Saint-Père.
La Smart pénétra dans l’enceinte de la minuscule cité-état et les deux zouaves de faction refermèrent la grille avec un salut officiel adressé à Michel. Il devait certainement être le seul visiteur du Pape à se présenter dans une voiture si ordinaire. Il n’avait pas toujours choisi la modestie et la discrétion – loin de là, même! – mais avec l’expérience et les responsabilités énormes à sa charge, une certaine prudence, pour ne pas dire sagesse, motivait désormais les choix comme ceux d’une voiture officielle.
Ainsi, malgré qu’il fut l’un des plus important visiteur du Pape, il estimait absolument inutile d’en allerter la garde et la population entière par un apparat aussi inutile qu’une voiture de luxe.
Et puis, c’était justement en adoptant un profil moderne, que Michel avait réussi à demeurer parfaitement dans l’ombre si longtemps. La Smart lui convenait donc à la perfection.
Le chauffeur immobilisa la voiture et Michel descendit sans attendre qu’on ne lui ouvre la portière. Il portait un complet Armani noir, bien coupé et avait un très mince attaché-case à la main. Il se souvint que lors de sa dernière visite, il avait opté pour la soutane.
Il se dirigea vers une porte anonyme par laquelle il s’engouffra dans un long corridor typique des bâtiments du Vatican. En réalité, il se trouvait à cent mètres à peine des centaines de touristes qui visitaient les musées du Vatican. Lors d’un séjour précédent, – il ne se souvenait plus quand avec exactitude – il avait pris le temps d’aller admirer une fois encore les fresques de la célèbre chapelle Sistine en se joignant aux groupes de visiteurs. Il avait presque trouvé amusant le silence respectueux qu’on y pronait ainsi que les trop discrets avertissements des gardiens envers les téméraires touristes qui bravaient l’interdiction de prendre des photos. Dans sa jeunesse fougueuse, il aurait certainement été du genre à ne pas se soucier de l’autorité lui non plus.
Après trois minutes de marche en ligne droite, Michel bifurqua enfin vers une alcove à sa gauche. Il entra par la porte sans prendre la peine de s’annoncer. Après tout, il était attendu.
Dans l’antichambre à laquelle il avait acccédé, Michel pris un siège et déposa sa mallette à sa droite. Il devrait certainement attendre ainsi une heure, peut-être même plus. Les conseillers du Saint-Père avaient beau être pleinement conscients de son importance, personne ne pouvait rencontrer le représentant de Dieu à Rome sans d’abord ressentir Sa grandeur et s’impregner d’une certaine humilité. Il n’en avait pas toujours été ainsi, mais il fallait s’adapter à son époque et à son pape.
L’attente ne serait pas pénible pour Michel puisque comme toutes les pièces des édifices du Vatican, l’antichambre était richement décorée d’œuvres d’art – dans ce cas-ci, des toiles de sa période favorite; la renaissance.
Il s’attardait donc depuis un moment sur un Raphællo avec des sentiments partagés lorsque le Cardinal Catagione se présenta enfin.
Michel reprit sa mallette et suivit l’homme d’Église dans l’autre pièce. Trois autres officiels l’y attendaient de même qu’un jeune prêtre, probablement présent pour noter les détails de leur rencontre.
C’est le Cardinal Catagione qui fit les présentations.
– Maitre, voici mon assistant, le cardinal Gambini, le cardinal Sartori ainsi que l’archeveque Ptacinski.
L’Italien du Cardinal Catagione était fortement teinté d’un accent milanais, trahissant ses origines. Michel leur rendit leurs salutations dans un italien dépourvu d’accent, notant ua passage le nom polonais de l’archeveque, certainement un proche du Saint-Père, pour assister à cetet conversation malgré son rang. On ne lui présenta pas le jeune prêtre, que Michel salut tout de même.
Après les civilités d’usage et les nouvelles sur la santé du Pape, Michel se sentit prêt pour le sujet de sa visite.
– Ma convocation au Vatican, commença-t-il, mais il fut intérompu par le cardinal Sartori.
– Votre invitation, maître.
Michel sourit.
– Ma visite au vatican est très certainement due à des éléments nouveaux – je dirais même cruciaux – concernant mes responsabilités.
C’était là une manière directe mais prudente d’attaquer le sujet. Sartori, qui semblait en charge de communiquer pour leur petit groupe soupira profondément.
– Certes. Nous ne vousaurions pas… invité à nous visiter si les éléments nous avaient parus anodins.
Le cardinal tourna la tête à gauche, puis à droite, comme pour chercher un appui moral auprès de ses collègues à poursuivre. La manœuvre n’échappa pas à Michel, qui en fut intrigué. Bien qu’il fut difficile d’imaginer le Pape le convoquer pour quelque chose d’anodin, il ne s’attendait pas à ce que ces nouveaux événements puisse mettre mal à l’aise ses proches conseillers.
Le cardinal ne semblait pas pressé de continuer. Michel lui tendit une perche.
– Et qu’en penses le Saint-Père?
– Sa Sainteté est actuellement préoccupée par autre chose, malencontreusement.
Michel leva un sourcil interrogateur. Le cardinal s’empressa d’enchainer:
– Mais il sera mis au courant de nos moindres décisions vous concernant dans l’heure qui suivra cette rencontre.
Il fit un signe de tête vers le jeune prêtre qui prenait discrètement des notes.
Michel devait prendre le temps de s’ajuster à la situation. Une convocation par le pape ne se passait jamais san lui – il décida de gagner un peu de temps. En lançant un regard au prêtre, il déclara:
– Je me suis toujours demandé pourquoi on prenait la peine de tout noter ici, avec la quantité d’archives historiques que l’on cache déjà entre ces murs…
Il cru décerner l’ébauche d’un sourire chez le prêtre qui s’arrêta d’écrire l’espace d’une seconde. Les quatre hommes d’église lui faisant face ne semblaient pas gouter son humour. Enfin, Sartori se décida:
– Nous voudrions – Sa sainteté désire – votre avis sur un événement récent.
Michel laissa passer en silence et attendit la suite:
– Aussi, nous voudrions – Sa sainteté voudrait – savoir ce que vous entendez faire de votre côté face à ces événements.
Michel se permit:
– Comme toujours, je serai fier de pouvoir répondre aux attentes du Saint-Père.
La discussion se poursuivit lentement alors que chaque partie demeurait sur ses gardes. Michel ne voulait pas s’avancer trop profondément avant de savoir de quoi il retournait. Et le comité ne semblait pas désirer lui fournir beaucoup de détails avant qu’il ne se commette.
Après une heure et demie de cette danse, le cardinal Gambini sembla perdre patience.
– C’est Paul, lança-t-il.
Un silence de plomb tomba dans la salle. Michel se concentra pour ne pas laisser paraître sa surprise. Ça y était, le premier pas avait été franchi par le comité. Il conservait le contrôle de la situation.
– Mais encore…?
Gambini regarda ses collègues et poursuivit:
– Il se déplace. Il est en… voyage.
Michel joua l’ignorance. À sa connaissance, Paul n’avait pas voyagé depuis près de 18 ans.
– Et c’est rare?
– À cette distance? Nous n’avons aucune archive indiquant qu’il l’ait jamais fait.
Voilà ce qui expliquait cette convocation si urgente. Et voilà qui expliquait également la nervosité des membres du comité. L’incompréhension était peut-être la plus grande peur au vatican. Michel avait toujours trouvé la chose excessivement paradoxale dans un lieu consacré au divin et à son étude.
En fait, les conseillers spéciaux du Saint-Père ne savaient pas pourquoi Paul voyageait.
– Il fut une époque, lança-t-il, où Paul voyageait beaucoup et déjà, dans ce temps, ça incommodait l’Église.
Il réalisa qu’il allait peut-être un peu trop loin. L’effet de surprise, sans doute. Il reprit donc aussitôt:
– Et où est-il?

*

– 2 –

Quito, Équateur.

Le Bœing 757 de la Continental Airlines poursuivait son approche de l’ærpuerte Mariscal Sucre. Au sud de la ville, des nuages très sombres progressaient lentement vers la capitale, enrobant de leur manteau de pluie les sommets du volcan Atacazo.
L’avion poursuivit sa descente, sortit son train d’atterrisage et se posa en sol équatorien avant que l’orage n’atteigne le nord de la cité. Du siège 14F, Paul attendit que les portes de l’appareil soient ouvertes et que les autres passagers ne commencent à sortir avant de se lever. Il ramassa son bagage à main et quitta l’appareil.
Le long corridor d’accès le mena aux douanes équatoriennes. Après quelque minutes de formalités d’usage, il put accéder au terminal principal. Tout s’était déroulé sans problèmes. Après tout, il avait son passeport espagnol, s’exprimait avec un accent européen dans la langue locale et ne venait en Équateur qu’en touriste pour quelques jours.
Dès l’ouverture des portes coulissantes, il repéra le préposé à l’affichette portant son nom; on s’était bien occupé de son accueil.
– Hola, buenas noches. Soy Paul.
– Hola Buenas noches. Bienvenido Senior Paul.
Le préposé le dirigea vers la sortie, puis lui ouvrit la portière d’une voiture taxi en donnant quelques indications au chauffeur.
Ce dernier salua son passager et emprunta l’avenida Diez de agosto. Paul regardait autour de lui; c’était la première fois qu’il mettait lesp ieds en Amérique. On lui avait fortement suggéré d’envoyer un assistant, mais les rapports qu’il avait reçus lui semblaient si sérieux, si dérangeants qu’il avait décidé de faire le déplacement lui-même. Si c’était bien ce qu’il soupçonnait, il auraitdû venir de toutes manières.
Le taxi fila vers le sud, passé El Panceillo où Paul regarda longuement la statue de la Vierge de Quito dont il avait lu une description très peu élogieuse pendant son long trajet en avion. Il songea à quel point ce continent, cette civilisation, étaient jeunes. C’était peut-être ce qui dérangeait le plus dans tout ça; l’improbabilité de découvrir ici ce qu’il cherchait depuis si longtemps.
Arrivés sur l’Avenida mariscal Antonio Jose de Sucre, le chauffeur devint hésitant, alternant regards vers les rues transversales et vers son passager. On avait bien préparé Paul et il donna quelques indications plus précises à son chauffeur, qui bifurqua sur la Calle Canaris.
Deux minutes plus tard, paul descendait de voiture avec son seul bagage, entre le parc de la Magdalena et l’église du même nom. Il regarda l’église, puis se signa de la croix. A ce moment, l’homme qui se tenait assis sur un banc au milieu du parc se leva et se dirigea vers paul. Ils se serrèrent la main.
– Hola buenas noches.
– Buenas noches.
Puis Paul suivit l’homme chezs qui il allait passer la nuit. Il anticipait déjà avec impatience ses rencontres des jours suivants.

*